Sunday, September 13, 2009

Entretien avec Sigmund Freud et moi-même.




Freud:Bonjour.

Pierre:Bonjour.

Freud:Déshabillez-vous.

Pierre:Pourquoi?

Freud:Ne posez pas de question jeune homme. Enlevez-tout.

Pierre:Même le collier ?

Freud:Gardez le collier. Et vos bagues. Pourquoi quatre?

Pierre:Je me sens bien avec quatre. C'est confortable. Elles sont belles. Elles me protègent des méchants. Je me sens fort. Plus fort en fait je vous dirais docteur. Je me sens comme un homme. Je trouve ça hot. Ça look. C'est aussi une manière symbolique d'affirmer vraiment ce que je suis. De ne pas avoir peur de les porter même si dans mon dos on rit de moi.

Freud:Vous pensez que l'on rit dans votre dos ?

Pierre:Oui.

Freud:Pourquoi ?

Pierre:Faudrait leur demander.

Freud:D'accord. Donnez-moi leurs noms.

Pierre:Est-ce qu'on peut faire cela après la session docteur ?

Freud:Si vous le désirez. Alors que puis-je faire pour vous jeune homme ?

Pierre:Me dire si je suis fou.

Freud:Fou ? Pas du tout. Mais vous avez très peur. De quoi avez-vous peur jeune homme ?

Pierre:J'ai peur de ne plus jamais avoir de revenus pour subvenir à mes besoins. J'ai peur de ne plus pouvoir jouir de la vie. J'ai peur de mourir seul dans le fond d'une cave humide d'un bungalow de Jonquière en me crossant en regardant Colette Provencher faire son bulletin météo à TVA. J'ai peur de faire rire de moi comme mon père a fait rire de lui toute sa vie à son travail...J'ai peur de manquer ma carrière, de passer à côté, de manquer le bus, le train, l'avion et d'être obliger de me faire chier à répondre à des commandes incohérentes d'un système pourri, fini, qui survi parce qu'il marche encore juste d'un bord, le bord du plus fort.

Freud:Avez-vous mal présentement?

Pierre:En hostie.

Freud:Avez-vous plus mal qu'un autre ?

Pierre:Pas plus mal que celui qui a mal aussi.

Freud:Etes-vous meilleur qu'un autre ?

Pierre:Dans mon domaine oui. Mais j'ai mes forces et mes faiblesses. Mes faiblesses me tue et mes forces me sont généralement inutiles.

Freud:Avez-vous un problème avec votre EGO ?

Pierre:Oui. Mais vous savez sûrement d'où vient ce problème docteur ?

Freud:Oui. Etes-vous prêt à travailler sur vos difficultés ?

Pierre:Oui. Je le fais depuis ma première année d'université.

Freud:Vous diriez-vous heureux ?

Pierre:Présentement ? Non. C'est une crisse de mauvaise année. Une hostie d’année de marde. Ce n’est pas les deux genoux que j'ai à terre mais les deux coudes.

Freud:Croyez-vous en vous ?

Pierre:Enormément.

Freud:Croyez-vous aux autres ?

Pierre:Non. J'ai jamais appris à croire aux autres. Les autres n’ont jamais vraiment existé pour moi. Les autres m'ont étouffé, écrasé. Je devais les ignorer pour survivre. Essayer de croire en quelque chose d'autre. Croire en moi ou en ce qui pouvait se passer dans ma tête. Encore aujourd'hui, et bien malheureusement, j'y suis bien plus confortable. Pourquoi ? C'est moi qui décide. Personne pour venir me violer, m'agresser, me battre, me pousser, me taponner, me faire faire des choses dont je ne veux pas faire, m'humilier, rire de moi...Dans ma tête je vis, je suis libre et je suis bien. Comprenez-vous docteur ?

Freud:Oui.

Pierre:Je suis brûlé docteur.

Freud:C'est normal. Pensez-vous que ce que vous faites est important ?

Pierre:Oui. Je pense que c'est important mais je pense que cela n'intéresse pas les gens. Je trouve cela triste mais je ne peux rien faire.

Freud:Pourquoi ?

Pierre:C'est souvent noir, compliqué, intense. Il faut réfléchir pour comprendre. C'est lourd, pas toujours joyeux et ça parle souvent de la mort. Disons que c'est pas très populaire...Malgré tout cela, je pense que mon oeuvre est definitivement devant moi. C'est probablement la principale raison pour laquelle je ne me suis pas encore suicidé.

Freud:Avez-vous du talent ?

Pierre:Je suis plus travaillant que je suis talentueux. Et avec les années, l'expérience aide énormément. Je pense qu'avoir du talent à mon âge c'est avoir de l'estime de soi. Prenons mon dernier court-métrage par exemple: est-ce que cela prend du talent pour avoir fait ce film ? Sincèrement, j'en ai aucune idée... La seule personne qui pourrait me répondre est Denis Villeneuve. Je dis cela parce que je le connais depuis presque 30 ans. Lui il a du talent.

Freud:Croyez-vous que nous nous éloignons du sujet ?

Pierre:Définitivement. Je m'excuse docteur.

Freud:Nous allons devoir terminer la session maintenant. A la semaine prochaine ?

Pierre:Si Dieu le veut...

(à suivre...)

***Merci à Mille Monarques pour la trame sonore. Ils iront loin.

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